Les langues de Bretagne, état des lieux
Après avoir été fragilisées depuis le milieu du XIXe siècle, les langues de Bretagne (le breton et le gallo) considérées par l’Unesco « sérieusement en danger », retrouvent peu à peu leurs places dans la société bretonne. Aujourd’hui, 5,5 % de la population bretonne parle breton dans les cinq départements (chiffre 2007). Collectivités, monde associatif, médias et nombreux bénévoles œuvrent pour développer ces langues régionales et préserver la richesse représentée par ce patrimoine.
© Martin Boudier
Les langues, patrimoine de la Bretagne
Le breton est une langue celtique du groupe brittonique, arrivée en Bretagne avec les migrations des Bretons en provenance de l’actuelle Grande-Bretagne, entre le Ve et le VIIe siècle. Il y a cent ans, plus d’un million de personnes parlaient breton, elles sont cinq fois moins nombreuses aujourd’hui : 206 000 locuteurs selon un sondage (Fañch Broudic – TMO) de 2007, soit 5,5 % de la population de la Bretagne historique, aux trois-quarts âgés de plus de 70 ans. Le gallo est, comme le français, une variété de la langue d’oïl. La langue d’oïl appartient au groupe gallo-roman. Entre 2 à 5% de la population bretonne parleraient gallo.
Deux langues en quête de reconnaissance
Les langues de Bretagne ont longtemps été dépourvues de statut légal et interdites à l'école. La transmission familiale du breton s'est quasiment arrêtée dans les années 1950 et celle du gallo s'est progressivement éteinte.
En décembre 2004, la Région Bretagne a adopté, à l'unanimité, une politique linguistique. Cette politique linguistique a fait l’objet d’un rapport d’actualisation adopté également à l’unanimité en mars 2012. Elle fixe des objectifs dans le domaine de la transmission des langues de Bretagne et de leur présence dans la vie de tous les jours. La Région y affirme "reconnaître officiellement, aux côtés de la langue française, l'existence du breton et du gallo comme langues de la Bretagne".
Un amendement a permis en 2008 l'intégration des langues régionales dans la Constitution française comme appartenant au "patrimoine de la France" (article 75-1) mais le Conseil constitutionnel a estimé depuis que cela « n’institue pas un droit ou une liberté que la Constitution garantit ». L’actualisation de la politique linguistique réclame donc une nouvelle modification de la Constitution, la ratification de la Charte européenne des Langues régionales ou minoritaires et l’adoption d’une loi-cadre pour développer les langues de France.
L’enseignement des langues retrouve des couleurs
Depuis la création des écoles immersives Diwan en 1977 puis des classes bilingues français-breton dans l’enseignement public (1983) et privé (1990), le nombre d’enfants inscrits progresse chaque année. De la maternelle au lycée, les enfants peuvent suivre une scolarité bilingue dans 413 établissements (le breton étant, comme le français, la langue d’enseignement pour certaines matières). Sur les 14 082 élèves scolarisés dans une école bilingue ou immersive en 2011-12, 42 % sont inscrits dans le public, 33,2 % dans un établissement privé catholique et 24,7 % dans le réseau associatif Diwan.
Certaines écoles primaires publiques du Finistère proposent une initiation à la langue bretonne. Des collèges et lycées proposent des cours de breton ou gallo comme option ou langue vivante. Ainsi, dans le secondaire, un établissement sur six propose des cours de ou en breton (102 collèges, 26 lycées) et le gallo est enseigné dans sept collèges et sept lycées.
Les activités périscolaires se développent : 41 séjours de vacances ont été organisés en 2011 (dont 2 en gallo), 676 enfants y ont pris part.
Du côté de l'offre d’apprentissage du breton pour les adultes : en 2010-2011, environ 5 000 adultes fréquentaient les cours du soir, stages courts, stages longs en formation professionnelle (6 mois ou 3 mois) et cours par correspondance pour apprendre le breton. Des cours du soir, ateliers et stages permettent aux adultes d’apprendre le gallo.
Enfin la première crèche immersive en breton à ouvert à Vannes en 2011.
Culture et médias en breton et en gallo
La création culturelle en breton et en gallo (édition, théâtre, chant, musique, spectacle vivant, etc.) a contribué depuis toujours à préserver la vitalité des langues de Bretagne et à transmettre le patrimoine linguistique auprès de tous les publics.
Les médias permettent aussi aux Bretons d’entendre leurs langues dans la vie de tous les jours. Ainsi, plusieurs radios émettent en langue bretonne (Arvorig FM, Radio Kerne, Radio Bro Gwened, Radio Kreiz Breizh et France Bleu Breizh Izel) ou en gallo (PLum FM). Des programmes en langue bretonne sont diffusés sur les chaînes de télévision (France 3, TVR, Ty Télé, Tébéo) et il existe également une web-TV tout en breton, Brezhoweb. Un journal hebdomadaire (Ya !) et des mensuels (Bremañ…) sont édités exclusivement en breton (avec un article en gallo pour Ya !) et d’autres journaux publient régulièrement des articles, chroniques, jeux, en breton ou en gallo.
Le breton dans la vie économique
En 2006, environ 900 postes (équivalents temps plein) étaient pourvus par des brittophones pour des emplois demandant la connaissance du breton. Ces emplois se répartissaient dans l'enseignement (75,5%), la culture (10,9%), l'audiovisuel (6,2%), les administrations et collectivités locales (2,5%), l'édition (2,5%). On estime qu’en 2012 le chiffre doit avoisiner les 1 200 postes.



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