La Bretagne et son Histoire
L’Histoire du territoire breton nous permet de mieux comprendre la Bretagne actuelle : riche de ses diversités, forte de son héritage multiséculaire.
R. Le Gall / SHD, Département Marine, Lorient.
P.-L. Ganne (1906-1982), Le port de Lorient, 1965, Dépôt du Musée national de la Marine.
Musée de Bretagne – Reproduction interdite.
Nominöe premier roi des Bretons (lithographie) – X. de Langlais - 1948.
Bretagne médiévale : la constitution d'un territoire
Les Romains conquièrent la Bretagne insulaire –l’actuelle
Grande-Bretagne - au Ier siècle. Les Bretons ont à cette époque des relations
constantes avec l’Armorique. Le départ des légions romaines au Ve siècle favorisant
les invasions angles et saxonnes venues de Germanie ainsi que les raids des
Scots d’Irlande et des Pictes d’Ecosse, les Bretons émigrent massivement vers
l’Armorique, distante d’un ou deux jours de mer, entre le VIe et le VIIIe
siècle.
Ces immigrés d'Outre-Manche doivent faire face aux tentatives de mainmise des
puissants voisins francs, mérovingiens, puis carolingiens. A la suite de longues
décennies de luttes, les souverains bretons Nominoë et Erispoë parviennent à
tripler la superficie de leur territoire et à constituer un royaume dont les
limites définitives seront fixées par le Traité d’Angers en 851.
A la mort du roi Alain « le Grand » en 907, les grandes dynasties
(Cornouaille, Rennes, Nantes…) s’affrontent pour le contrôle du territoire
breton. Les envahisseurs vikings profitent de la situation et s’ensuivent 32
ans de conflit qui auront pour principales conséquences l’exil d’une partie
importante des communautés religieuses, la perte des territoires conquis entre
851 et 867 (Cotentin, partie de l’Anjou…) et la transformation du royaume en
duché.
Du Xe au XIVe siècle, malgré les conflits dynastiques et les
interventions françaises et anglaises, les ducs de Bretagne parviennent à
renforcer l’unité et l’administration de leur territoire jusqu’à la guerre de Succession
de Bretagne, qui débute en 1341. Le titre ducal est alors revendiqué par deux
candidats : Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre, petite-fille
du duc Arthur II par son premier mariage ; et Jean de Montfort, fils issu du deuxième
mariage d’Arthur II. L'arbitrage du roi de France, Philippe VI, est favorable à
Blois ; Jean de Montfort accepte quant à lui le soutien des Anglais. Après
20 ans de guerre, l'affrontement tourne en faveur des Montfort, Blois est tué
en 1364 lors de la bataille d’Auray et Jean IV de Montfort monte sur le trône.
Le traité de Guérande de 1381 marque la reconnaissance de la neutralité
bretonne dans l’affrontement franco-anglais.
La Bretagne marquée par 40 ans d'affrontements se reconstruit : aux XIVe
et XVe siècles l'administration se met en place sur le
territoire : un Conseil, une Chancellerie, une Chambre des Comptes, des
Etats qui deviendront le Parlement... La Bretagne connaît une relative
prospérité économique, notamment pour ce qui concerne les échanges maritimes.
L’indépendance de la Bretagne vis-à-vis de ses voisins français et anglais
s'achève à la fin du XVe siècle. La guerre civile, qui affaiblit
l'Angleterre depuis près de trente ans, renforce parallèlement l'autorité du
roi de France. En décembre 1491, après deux guerres (1485-1488 et 1490), la
jeune duchesse Anne épouse le roi de France Charles VIII.
Quelques dates à retenir
851 : Victoire d’Erispoë à
Jengland sur l’armée franque et Traité d’Angers qui lui reconnaît les insignes
de la royauté.
914 : Les Vikings prennent Nantes.
939 : Alain Barbe-Torte libère
la Bretagne des Vikings.
1066 : Participation de
nombreux seigneurs bretons à l’invasion de l’Angleterre par Guillaume de
Normandie.
1297 : Le roi de
France, Philippe Le Bel, en reconnaissance de la fidélité des souverains
bretons aux Capétiens, reconnaît officiellement le titre de Duc de Bretagne.
1341 : Début de
la guerre de Succession de Bretagne.
1364 : Charles
de Blois est tué à Auray. Le vainqueur Jean de Montfort devient duc de Bretagne
sous le nom de Jean IV.
1491 : La duchesse
Anne, âgée de quinze ans épouse Charles VIII.
Bretagne et Renaissance : l’âge d’or
En 1532, deux édits promulgués par le roi François Ier officialisent l'union de la Bretagne à la France tout en reconnaissant ses privilèges, notamment fiscaux et réglementaires. L’autonomie acceptée par le pouvoir royal permet à la Bretagne d’échapper à l’essentiel des conflits civils et extérieurs qui agitent le royaume au cours du XVIe et du début du XVIIe siècle La diversité agricole, les industries florissantes, notamment dans le textile, le commerce international auxquels se livrent près de cent ports bretons permettent à la population bretonne d’éviter les disettes et autres grandes pénuries que connaît le reste du royaume. Seules les guerres de la Ligue (1590-1598) viendront troubler l’essor économique de la Province.
Mais au fil du XVIIe siècle, la prospérité économique fléchit et entraîne des révoltes populaires. Dans les campagnes de Basse-Bretagne en particulier, la vie devient moins facile à partir des années 1660. Louis XIV impose de nouvelles taxes en 1674 contre l’avis du Parlement (papier timbré, tabac, étain…) tandis que les seigneurs locaux y ajoutent des taxes sur les denrées produites par les paysans et restreignent ainsi leurs marges. En 1675, le peuple rennais refuse la taxe sur le papier timbré, c’est-à-dire indirectement sur tous les actes officiels. Le Parlement, soupçonné de mollesse, doit être transféré à Vannes pour ne pas céder aux injonctions de la foule. Durant ce même temps, la révolte des Bonnets Rouges éclate en Basse-Bretagne, opposant les paysans aux collecteurs de taxes. Les troupes et la justice royales la répriment férocement.
Louis XIV intensifie sa politique de guerre économique. La Bretagne est mise au premier plan de sa stratégie militaire. La petite ville de Brest devient arsenal du Ponant, remodelée par l'architecte Vauban en 1694, haut lieu de la construction navale.
Dès cette époque, et compte tenu des difficultés rencontrées par les ruraux, les migrations urbaines s'intensifient. Le visage de la Bretagne évolue et devient plus citadin.
Quelques dates à retenir
1532 : Deux édits promulgués par
François Ier à Nantes, puis à Plessis-Macé, en Anjou, officialisent
l'union de la Bretagne à la France.
1554 : Création
du Parlement de Bretagne à Rennes. Ses magistrats gèrent les grandes affaires
juridiques de la province et en déterminent la fiscalité.
1675 : Révolte
du Papier Timbré à Rennes, Nantes, puis dans les autres villes de la
Haute-Bretagne et révolte des Bonnets Rouges en Basse-Bretagne.
Musée de Bretagne – Reproduction interdite.
Inauguration de la statue de Louis XIV, place du Palais à Rennes, 26 juin 1726 – J.-F. Huguet 1733.
Bretagne des Lumières : l’émergence d’un monde citadin
Comme le reste du royaume, les villes bretonnes du XVIIIe siècle bénéficient d'un regain de leurs activités économiques. Le commerce triangulaire fait la fortune de Nantes, mais aussi de Saint-Malo et de Lorient : des toiles de coton imprimées acheminées en Afrique, sont échangées contre des esclaves, ces hommes sont ensuite vendus aux Antilles pour l'achat du café, du tabac et surtout du sucre. La capitale, Rennes, qui se remet très vite de l'exil du Parlement et de l'immense incendie en 1720, continue son ascension.
Les campagnes bretonnes sont, quant à elles, loin de bénéficier de ce dynamisme : les plantes fourragères et la pomme de terre ne sont pas encore parvenues jusqu'à elles et certains hivers sont rudes pour les paysans, particulièrement en Basse-Bretagne.
Au XVIIIe siècle, l'administration du royaume de France est de plus en plus présente sur le territoire breton. Si les États de Bretagne tentent de résister à cette omniprésence, ils ne parviennent pas à maintenir leur autorité face aux exigences, en particulier fiscales, de la monarchie.
Lors de la nuit du 4 août 1789, les privilèges de la Bretagne, « province réputée étrangère », sont abolis, en particulier son Parlement ; la Bretagne est divisée en 5 départements en 1790. La Révolution est vécue bien différemment selon les territoires de la Bretagne, où constitution civile du clergé, levée en masse et abolition des privilèges provinciaux rencontrent un soutien marqué ou provoquent au contraire des rébellions qui prendront en Bretagne le nom de chouannerie. La République en guerre craint la contre-révolution et la réprime durement. Nantes constitue un objectif stratégique tant pour les armées de la République que pour les chouans ou les insurgés vendéens qui opèrent plus au sud : la ville résiste à la grande attaque du 29 juin 1793.En juillet 1795, Hoche fait fusiller des centaines de prisonniers après le débarquement anglo-émigré à Quiberon. Le Concordat conclu avec l'église en 1801 est le signe annonciateur d'un retour à la paix civile en Bretagne.
Quelques dates à retenir
23 décembre 1720 : Un incendie ravage Rennes et détruit presque la totalité de sa vieille
ville, y compris son Parlement. La ville est ensuite reconstruite conformément
aux conceptions des urbanistes du XVIIIe siècle.
Mars 1793 : Les
ruraux de l'ensemble du Pays nantais, d'une large partie du Morbihan, du Léon
et de quelques autres pays refusent la mobilisation pour l'armée.
29 juin 1793 : Face à l'attaque de
« l’armée catholique et royale », la ville de Nantes résiste et reste
républicaine.
Bretagne contemporaine : le temps des épreuves
Au XIXe siècle, les campagnes bretonnes commencent à bénéficier des avancées majeures de la Révolution industrielle. Mais, si les conditions de vie des paysans s’améliorent quelque peu, l'effondrement de l'industrie textile entraîne l'émigration de milliers de Bretons qui fuient la misère. Dès les années 1850, on compte près de vingt mille départs par an. Paris devient un lieu d'émigration privilégié pour ces anciens ouvriers bretons.
La Première Guerre mondiale défait la Bretagne de ses forces vives : 200 000 jeunes soldats bretons sont tués sur le champ de bataille. Des dizaines de milliers de conscrits reviennent gravement mutilés.
C'est en 1941, sous le régime de Vichy, que la Loire-Inférieure est séparée du reste de la Bretagne pour la première fois. Ce choix s'inspire du découpage en archevêchés entrepris par l'Église catholique en 1859, mais aussi de la répartition administrative des régions économiques créées en 1938.
La Bretagne se distingue par une très forte activité de la Résistance et paye un lourd tribut à l’effort de guerre : les villes de Brest, Saint-Nazaire, Saint-Malo et Lorient sont presque totalement détruites par des bombardements alliés. Cinq cents déportés juifs de Bretagne meurent dans les camps de concentration et près de cinq mille victimes de la répression nazie sont exécutées en Bretagne. En souvenir de l'exécution de quarante-huit otages à Nantes, victimes des représailles à l'encontre des résistants communistes, la ville obtient le titre de Compagnon de la Libération.
Quelques dates à retenir
1899 : Procès en appel du capitaine
Dreyfus à Rennes.
1914-1918 : 200 000 soldats bretons sont tués sur
le champ de bataille, laissant une Bretagne décimée, amoindrie de ses forces
vives.
1940 : Départ
pour l'Angleterre de résistants de l'île de Sein.
1941 :
Séparation administrative de la Loire Atlantique du reste de la Bretagne par le
régime de Vichy.
21 octobre 1941 : Après l'exécution par la
Résistance du militaire allemand Karl Hotz, une proclamation de l’Occupant
indique qu'au moins 50 otages seront fusillés si les tireurs ne se livrent pas.
Deux jours plus tard, 48 personnes sont abattues par les nazis.
10 mai 1945 :
Après 277
jours de siège, le général allemand Fahrmbacher et les soldats de la poche de
Lorient se rendent aux troupes américaines du général Kramer.
Emmanuel Pain
Bretagne moderne : concilier identité et ouverture
À la Libération, la Bretagne doit répondre à deux impératifs : reconstruire les villes détruites par les bombardements alliés et combler le retard économique du siècle passé.
Le Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons, le CELIB, composé d'élus de presque tous les partis, est un acteur majeur de la reconstruction. Reconnu en 1955 comme interlocuteur officiel de l'État sur les questions relatives à la Bretagne, le CELIB obtient, un an plus tard, l'adoption d'un Programme d'action régionale. Durant cette même période, des réalisations innovantes sont initiées en Bretagne : le radome de Pleumeur-Bodou en 1962, l'usine marémotrice de la Rance en 1966, ou encore le plan routier breton en 1968 grâce auquel plusieurs centaines de kilomètres de 4 voies gratuites sont construites en Bretagne.
Pour la première fois en 1960, la population urbaine dépasse, en nombre, l'effectif des campagnes. La Bretagne rurale change de visage : les agriculteurs se tournent vers les cultures maraîchères (choux-fleurs, artichaut...) et vers l'élevage. La création de coopératives agricoles, qui deviennent de grandes puissances économiques, est l'un des outils majeurs de la restructuration.
En 1975, la Bretagne redevient, pour la première fois depuis un siècle et demi, une terre d'immigration, et le demeure depuis. À la même période, le quotidien rennais Ouest France devient le journal le plus diffusé en France. Autre signe de l'ascension bretonne : l'expansion des établissements de l'enseignement supérieur et la construction d'une université à Brest dès cette époque.
Les prises de position des Bretons ont souvent eu depuis des échos nationaux : la grève en 1972 à l'entreprise du Joint Français de Saint-Brieuc pour la reconnaissance de la valeur du travail des ouvriers bretons, la solidarité devant le désastre écologique de l'Amoco Cadiz en 1978, ou encore l'affrontement autour de la centrale nucléaire de Plogoff en 1980-81... sont autant d'événements marquants qui ont jalonné son histoire.
La Bretagne a appris depuis à valoriser les différentes facettes de son identité. Elle est devenue tout à la fois terre d'innovation, de recherche et d'excellence scolaire. Sans nier son passé, elle s'inscrit désormais dans une culture résolument contemporaine et parvient aujourd'hui à concilier identité et ouverture.
Quelques dates à retenir
1951 : Création du CELIB, Comité
d'étude et de liaison des intérêts bretons, interlocuteur privilégié des
intérêts bretons avec l'administration centrale et force de proposition
concernant l'aménagement du territoire régional.
1955 : Mise en place du
programme d’action régionale, la Loire-Inférieure (devenue Loire–Atlantique en
1957) est administrativement séparée du reste de la Bretagne.
1959 : Création
du Collège scientifique universitaire, premier établissement d'enseignement
supérieur à Brest.
1972 : Première
liaison par car-ferry avec l'Angleterre (Brittany-Ferries ou BAI).
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