La Bretagne et son Histoire

L’Histoire du territoire breton nous permet de mieux comprendre la Bretagne actuelle : riche de ses diversités, forte de son héritage multiséculaire.


 

Bretagne médiévale : la constitution d'un territoire

Les Romains conquièrent la Bretagne insulaire –l’actuelle Grande-Bretagne - au Ier siècle. Les Bretons ont à cette époque des relations constantes avec l’Armorique. Le départ des légions romaines au Ve siècle favorisant les invasions angles et saxonnes venues de Germanie ainsi que les raids des Scots d’Irlande et des Pictes d’Ecosse, les Bretons émigrent massivement vers l’Armorique, distante d’un ou deux jours de mer, entre le VIe et le VIIIe siècle.

Ces immigrés d'Outre-Manche doivent faire face aux tentatives de mainmise des puissants voisins francs, mérovingiens, puis carolingiens. A la suite de longues décennies de luttes, les souverains bretons Nominoë et Erispoë parviennent à tripler la superficie de leur territoire et à constituer un royaume dont les limites définitives seront fixées par le Traité d’Angers en 851.

A la mort du roi Alain « le Grand » en 907, les grandes dynasties (Cornouaille, Rennes, Nantes…) s’affrontent pour le contrôle du territoire breton. Les envahisseurs vikings profitent de la situation et s’ensuivent 32 ans de conflit qui auront pour principales conséquences l’exil d’une partie importante des communautés religieuses, la perte des territoires conquis entre 851 et 867 (Cotentin, partie de l’Anjou…) et la transformation du royaume en duché.

Du Xe au XIVe siècle, malgré les conflits dynastiques et les interventions françaises et anglaises, les ducs de Bretagne parviennent à renforcer l’unité et l’administration de leur territoire jusqu’à la guerre de Succession de Bretagne, qui débute en 1341. Le titre ducal est alors revendiqué par deux candidats : Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre, petite-fille du duc Arthur II par son premier mariage ; et Jean de Montfort, fils issu du deuxième mariage d’Arthur II. L'arbitrage du roi de France, Philippe VI, est favorable à Blois ; Jean de Montfort accepte quant à lui le soutien des Anglais. Après 20 ans de guerre, l'affrontement tourne en faveur des Montfort, Blois est tué en 1364 lors de la bataille d’Auray et Jean IV de Montfort monte sur le trône. Le traité de Guérande de 1381 marque la reconnaissance de la neutralité bretonne dans l’affrontement franco-anglais.

La Bretagne marquée par 40 ans d'affrontements se reconstruit : aux XIVe et XVe siècles l'administration se met en place sur le territoire : un Conseil, une Chancellerie, une Chambre des Comptes, des Etats qui deviendront le Parlement... La Bretagne connaît une relative prospérité économique, notamment pour ce qui concerne les échanges maritimes.

L’indépendance de la Bretagne vis-à-vis de ses voisins français et anglais s'achève à la fin du XVe siècle. La guerre civile, qui affaiblit l'Angleterre depuis près de trente ans, renforce parallèlement l'autorité du roi de France. En décembre 1491, après deux guerres (1485-1488 et 1490), la jeune duchesse Anne épouse le roi de France Charles VIII.

Quelques dates à retenir

  • 851 : Victoire d’Erispoë à Jengland sur l’armée franque et Traité d’Angers qui lui reconnaît les insignes de la royauté.
  • 914 : Les Vikings prennent Nantes.
  • 939 : Alain Barbe-Torte libère la Bretagne des Vikings.
  • 1066 : Participation de nombreux seigneurs bretons à l’invasion de l’Angleterre par Guillaume de Normandie.
  • 1297 : Le roi de France, Philippe Le Bel, en reconnaissance de la fidélité des souverains bretons aux Capétiens, reconnaît officiellement le titre de Duc de Bretagne.
  • 1341 : Début de la guerre de Succession de Bretagne.
  • 1364 : Charles de Blois est tué à Auray. Le vainqueur Jean de Montfort devient duc de Bretagne sous le nom de Jean IV.
  • 1491 : La duchesse Anne, âgée de quinze ans épouse Charles VIII.

 

Bretagne et Renaissance : l’âge d’or

En 1532, deux édits promulgués par le roi François Ier officialisent l'union de la Bretagne à la France tout en reconnaissant ses privilèges, notamment fiscaux et réglementaires. L’autonomie acceptée par le pouvoir royal permet à la Bretagne d’échapper à l’essentiel des conflits civils et extérieurs qui agitent le royaume au cours du XVIe et du début du XVIIe siècle La diversité agricole, les industries florissantes, notamment dans le textile, le commerce international auxquels se livrent près de cent ports bretons permettent à la population bretonne d’éviter les disettes et autres grandes pénuries que connaît le reste du royaume. Seules les guerres de la Ligue (1590-1598) viendront troubler l’essor économique de la Province.

Mais au fil du XVIIe siècle, la prospérité économique fléchit et entraîne des révoltes populaires. Dans les campagnes de Basse-Bretagne en particulier, la vie devient moins facile à partir des années 1660. Louis XIV impose de nouvelles taxes en 1674 contre l’avis du Parlement (papier timbré, tabac, étain…) tandis que les seigneurs locaux y ajoutent des taxes sur les denrées produites par les paysans et restreignent ainsi leurs marges. En 1675, le peuple rennais refuse la taxe sur le papier timbré, c’est-à-dire indirectement sur tous les actes officiels. Le Parlement, soupçonné de mollesse, doit être transféré à Vannes pour ne pas céder aux injonctions de la foule. Durant ce même temps, la révolte des Bonnets Rouges éclate en Basse-Bretagne, opposant les paysans aux collecteurs de taxes. Les troupes et la justice royales la répriment férocement.

Louis XIV intensifie sa politique de guerre économique. La Bretagne est mise au premier plan de sa stratégie militaire. La petite ville de Brest devient arsenal du Ponant, remodelée par l'architecte Vauban en 1694, haut lieu de la construction navale.

Dès cette époque, et compte tenu des difficultés rencontrées par les ruraux, les migrations urbaines s'intensifient. Le visage de la Bretagne évolue et devient plus citadin.

Quelques dates à retenir

  • 1532 : Deux édits promulgués par François Ier à Nantes, puis à Plessis-Macé, en Anjou, officialisent l'union de la Bretagne à la France.
  • 1554 : Création du Parlement de Bretagne à Rennes. Ses magistrats gèrent les grandes affaires juridiques de la province et en déterminent la fiscalité.
  • 1675 : Révolte du Papier Timbré à Rennes, Nantes, puis dans les autres villes de la Haute-Bretagne et révolte des Bonnets Rouges en Basse-Bretagne.

 

Comme le reste du royaume, les villes bretonnes du XVIIIe siècle bénéficient d'un regain de leurs activités économiques. Le commerce triangulaire fait la fortune de Nantes, mais aussi de Saint-Malo et de Lorient : des toiles de coton imprimées acheminées en Afrique, sont échangées contre des esclaves, ces hommes sont ensuite vendus aux Antilles pour l'achat du café, du tabac et surtout du sucre. La capitale, Rennes, qui se remet très vite de l'exil du Parlement et de l'immense incendie en 1720, continue son ascension.

Les campagnes bretonnes sont, quant à elles, loin de bénéficier de ce dynamisme : les plantes fourragères et la pomme de terre ne sont pas encore parvenues jusqu'à elles et certains hivers sont rudes pour les paysans, particulièrement en Basse-Bretagne.

Au XVIIIe siècle, l'administration du royaume de France est de plus en plus présente sur le territoire breton. Si les États de Bretagne tentent de résister à cette omniprésence, ils ne parviennent pas à maintenir leur autorité face aux exigences, en particulier fiscales, de la monarchie.

Lors de la nuit du 4 août 1789, les privilèges de la Bretagne, « province réputée étrangère », sont abolis, en particulier son Parlement ; la Bretagne est divisée en 5 départements en 1790. La Révolution est vécue bien différemment selon les territoires de la Bretagne, où constitution civile du clergé, levée en masse et abolition des privilèges provinciaux rencontrent un soutien marqué ou provoquent au contraire des rébellions qui prendront en Bretagne le nom de chouannerie. La République en guerre craint la contre-révolution et la réprime durement. Nantes constitue un objectif stratégique tant pour les armées de la République que pour les chouans ou les insurgés vendéens qui opèrent plus au sud : la ville résiste à la grande attaque du 29 juin 1793.En juillet 1795, Hoche fait fusiller des centaines de prisonniers après le débarquement anglo-émigré à Quiberon. Le Concordat conclu avec l'église en 1801 est le signe annonciateur d'un retour à la paix civile en Bretagne.

Quelques dates à retenir

  • 23 décembre 1720 : Un incendie ravage Rennes et détruit presque la totalité de sa vieille ville, y compris son Parlement. La ville est ensuite reconstruite conformément aux conceptions des urbanistes du XVIIIe siècle.
  • Mars 1793 : Les ruraux de l'ensemble du Pays nantais, d'une large partie du Morbihan, du Léon et de quelques autres pays refusent la mobilisation pour l'armée.
  • 29 juin 1793 : Face à l'attaque de « l’armée catholique et royale », la ville de Nantes résiste et reste républicaine.

 

Bretagne contemporaine : le temps des épreuves

Au XIXe siècle, les campagnes bretonnes commencent à bénéficier des avancées majeures de la Révolution industrielle. Mais, si les conditions de vie des paysans s’améliorent quelque peu, l'effondrement de l'industrie textile entraîne l'émigration de milliers de Bretons qui fuient la misère. Dès les années 1850, on compte près de vingt mille départs par an. Paris devient un lieu d'émigration privilégié pour ces anciens ouvriers bretons.

La Première Guerre mondiale défait la Bretagne de ses forces vives : 200 000 jeunes soldats bretons sont tués sur le champ de bataille. Des dizaines de milliers de conscrits reviennent gravement mutilés.

C'est en 1941, sous le régime de Vichy, que la Loire-Inférieure est séparée du reste de la Bretagne pour la première fois. Ce choix s'inspire du découpage en archevêchés entrepris par l'Église catholique en 1859, mais aussi de la répartition administrative des régions économiques créées en 1938.

La Bretagne se distingue par une très forte activité de la Résistance et paye un lourd tribut à l’effort de guerre : les villes de Brest, Saint-Nazaire, Saint-Malo et Lorient sont presque totalement détruites par des bombardements alliés. Cinq cents déportés juifs de Bretagne meurent dans les camps de concentration et près de cinq mille victimes de la répression nazie sont exécutées en Bretagne. En souvenir de l'exécution de quarante-huit otages à Nantes, victimes des représailles à l'encontre des résistants communistes, la ville obtient le titre de Compagnon de la Libération.

Quelques dates à retenir

  • 1899 : Procès en appel du capitaine Dreyfus à Rennes.
  • 1914-1918 : 200 000 soldats bretons sont tués sur le champ de bataille, laissant une Bretagne décimée, amoindrie de ses forces vives.
  • 1940 : Départ pour l'Angleterre de résistants de l'île de Sein.
  • 1941 : Séparation administrative de la Loire Atlantique du reste de la Bretagne par le régime de Vichy.
  • 21 octobre 1941 : Après l'exécution par la Résistance du militaire allemand Karl Hotz, une proclamation de l’Occupant indique qu'au moins 50 otages seront fusillés si les tireurs ne se livrent pas. Deux jours plus tard, 48 personnes sont abattues par les nazis.
  • 10 mai 1945 : Après 277 jours de siège, le général allemand Fahrmbacher et les soldats de la poche de Lorient se rendent aux troupes américaines du général Kramer.

 

Bretagne moderne : concilier identité et ouverture

À la Libération, la Bretagne doit répondre à deux impératifs : reconstruire les villes détruites par les bombardements alliés et combler le retard économique du siècle passé.

Le Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons, le CELIB, composé d'élus de presque tous les partis, est un acteur majeur de la reconstruction. Reconnu en 1955 comme interlocuteur officiel de l'État sur les questions relatives à la Bretagne, le CELIB obtient, un an plus tard, l'adoption d'un Programme d'action régionale. Durant cette même période, des réalisations innovantes sont initiées en Bretagne : le radome de Pleumeur-Bodou en 1962, l'usine marémotrice de la Rance en 1966, ou encore le plan routier breton en 1968 grâce auquel plusieurs centaines de kilomètres de 4 voies gratuites sont construites en Bretagne.

Pour la première fois en 1960, la population urbaine dépasse, en nombre, l'effectif des campagnes. La Bretagne rurale change de visage : les agriculteurs se tournent vers les cultures maraîchères (choux-fleurs, artichaut...) et vers l'élevage. La création de coopératives agricoles, qui deviennent de grandes puissances économiques, est l'un des outils majeurs de la restructuration.

En 1975, la Bretagne redevient, pour la première fois depuis un siècle et demi, une terre d'immigration, et le demeure depuis. À la même période, le quotidien rennais Ouest France devient le journal le plus diffusé en France. Autre signe de l'ascension bretonne : l'expansion des établissements de l'enseignement supérieur et la construction d'une université à Brest dès cette époque.

Les prises de position des Bretons ont souvent eu depuis des échos nationaux : la grève en 1972 à l'entreprise du Joint Français de Saint-Brieuc pour la reconnaissance de la valeur du travail des ouvriers bretons, la solidarité devant le désastre écologique de l'Amoco Cadiz en 1978, ou encore l'affrontement autour de la centrale nucléaire de Plogoff en 1980-81... sont autant d'événements marquants qui ont jalonné son histoire.

La Bretagne a appris depuis à valoriser les différentes facettes de son identité. Elle est devenue tout à la fois terre d'innovation, de recherche et d'excellence scolaire. Sans nier son passé, elle s'inscrit désormais dans une culture résolument contemporaine et parvient aujourd'hui à concilier identité et ouverture.

Quelques dates à retenir

  • 1951 : Création du CELIB, Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons, interlocuteur privilégié des intérêts bretons avec l'administration centrale et force de proposition concernant l'aménagement du territoire régional.
  • 1955 : Mise en place du programme d’action régionale, la Loire-Inférieure (devenue Loire–Atlantique en 1957) est administrativement séparée du reste de la Bretagne.
  • 1959 : Création du Collège scientifique universitaire, premier établissement d'enseignement supérieur à Brest.
  • 1972 : Première liaison par car-ferry avec l'Angleterre (Brittany-Ferries ou BAI).

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